Un appel d’offres, vu de loin, ressemble à un mur de sigles : RC, CCTP, CCAP, DPGF, AE, DUME. Vu de près, c’est un cahier des charges plus rigoureux que la moyenne, assorti d’une méthode de travail imposée et d’un calendrier ferme. C’est aussi, très souvent, le premier vrai échange avec un futur client — sauf qu’il se fait par écrit, sans réunion, et que tout ce qu’on y promet devient contractuel.

Studio Cassette répond régulièrement à des consultations publiques : CROUS, Bpifrance, APF France handicap, France Assos Santé, UDAF 74, Saison Brésil-France 2025. Voici notre méthode, étape par étape — utile aux acheteurs publics qui veulent savoir ce qu’une agence fait réellement de leur DCE, comme aux confrères qui démarrent sur les marchés.

Étape zéro : décider de ne pas répondre

La première décision n’est pas « comment répondre » mais « faut-il répondre ». On lit le règlement de la consultation avant le reste : date limite, pièces exigées, critères de jugement et leur pondération. Puis le CCTP, en cherchant d’abord les lignes qui nous disqualifient.

On renonce quand le délai ne laisse pas la place à une recette d’accessibilité sérieuse, quand le périmètre sort de notre métier (application native, refonte d’un ERP, marché à dominante infogérance), ou quand l’estimation budgétaire rend le résultat intenable. Une réponse bâclée coûte plus cher qu’un renoncement assumé : elle occupe une semaine de travail et laisse une trace médiocre chez un acheteur qu’on retrouvera à la consultation suivante.

Lire le DCE dans le bon ordre

Le dossier de consultation des entreprises n’est pas un bloc : chaque pièce répond à une question différente, et il y a un ordre de lecture qui fait gagner du temps.

PièceCe qu’on y cherche
RC — règlement de la consultationDate et heure limites, forme du dépôt, pièces obligatoires, critères de jugement et pondération, variantes autorisées, date limite des questions
CCTP — clauses techniques particulièresLe besoin réel : périmètre fonctionnel, volumétrie, contraintes techniques, exigences RGAA et RGPD, hébergement, livrables, réversibilité
CCAP — clauses administratives particulièresDélais et pénalités, propriété intellectuelle, garantie, modalités de paiement, durée du marché et reconductions
AE — acte d’engagementMontants engagés, allotissement, signataire
DPGF / BPU / DQELa grille de prix imposée : ce qui est forfaitaire, ce qui est à l’unité, ce qui est optionnel
Annexes (audit existant, arborescence, charte, statistiques)La matière qui évite de chiffrer à l’aveugle

On surligne d’abord les critères de jugement. Ils disent noir sur blanc sur quoi l’offre sera notée — et donnent donc le plan du mémoire technique. Un mémoire organisé autrement oblige la commission à chercher les réponses : c’est toujours du point perdu.

Poser des questions pendant la consultation

Peu de candidats le font, alors que le règlement de la consultation prévoit presque toujours une fenêtre de questions sur le profil acheteur. Les réponses sont diffusées à tous les candidats : c’est le prix à payer, mais une hypothèse fausse coûte plus cher qu’une question partagée.

On pose celles qui changent le chiffrage : qui fournit et reprend les contenus, quelle est la volumétrie réelle à migrer, l’audit d’accessibilité est-il dans le périmètre ou à la charge de l’acheteur, l’hébergement est-il imposé, la maintenance est-elle incluse et sur quelle durée. Le reste, on l’assume comme hypothèse — écrite comme telle dans le mémoire.

Le mémoire technique : répondre au CCTP, pas dérouler sa plaquette

C’est la pièce qui fait la différence, et celle qu’on voit le plus souvent ratée. Notre trame :

  • Un plan calé sur les critères pondérés, dans leur ordre, avec les mêmes intitulés que le règlement de la consultation.
  • Un tableau de conformité au CCTP, exigence par exigence : conforme, conforme avec réserve, hors périmètre. Les réserves assumées rassurent plus qu’un « conforme » systématique.
  • Des preuves plutôt que des adjectifs : références comparables, extraits de livrables réels, noms des intervenants et leur rôle effectif sur le projet — pas un organigramme d’agence.
  • Un planning tenable, avec les jalons de validation, la phase de recette et le temps de relecture côté client, qui est toujours sous-estimé.
  • Ce qu’on n’écrit pas : un score parfait, un « site 100 % accessible », une conformité définitive. Ce sont des affirmations invérifiables — et elles deviennent contractuelles.

Un mémoire technique n’est pas un document commercial : c’est la démonstration qu’on a lu le CCTP.

Un mot sur le copier-coller : il se voit. Un mémoire recyclé garde toujours quelque part le nom de l’ancien client, un périmètre qui ne correspond pas, une technologie qui n’est pas celle demandée. On réutilise nos briques méthodologiques, mais l’architecture du document est refaite à chaque consultation.

Accessibilité : le sujet qui départage vraiment

Pour un site public, l’accessibilité n’est pas une option de confort : c’est une obligation légale, issue de l’article 47 de la loi de 2005, déclinée par le RGAA. Beaucoup d’offres la traitent en une ligne. C’est dommage, parce que c’est souvent là que la commission cherche à trancher entre deux candidats à prix comparable.

Ce que nous engageons : l’accessibilité traitée dès la conception (contrastes, structure de titres, parcours clavier, focus visible) plutôt qu’en rattrapage, une recette dédiée avant mise en ligne, la déclaration d’accessibilité et le schéma pluriannuel, et surtout la formation des contributeurs. Ce dernier point est le plus négligé : un site conforme se dégrade dès le premier PDF non balisé ou la première image sans alternative textuelle publiée par une équipe qu’on n’a pas outillée. La conformité est un état, à une date, sur un périmètre — pas un label acquis une fois pour toutes.

Nous détaillons cette partie sur notre page audit d’accessibilité RGAA.

RGPD, hébergement, réversibilité

Trois exigences qui reviennent dans presque tous les CCTP, et trois réponses concrètes attendues :

  • Données personnelles : gestion du consentement, minimisation des données collectées par les formulaires, liste des sous-traitants et de leur rôle, mentions légales et politique de confidentialité livrées avec le site.
  • Hébergement : localisation en France, sauvegardes quotidiennes, restauration testée, supervision et pare-feu applicatif. Un plan de reprise qu’on a réellement déclenché au moins une fois vaut mieux qu’un paragraphe théorique.
  • Réversibilité : c’est la clause qu’on lit le plus vite et qui engage le plus. Nous livrons une base de données exportable, les médias, un thème documenté et du code standard WordPress. Concrètement : pas de site prisonnier d’une extension propriétaire ou d’un constructeur de pages — ce qui rejoint le parti pris expliqué dans pourquoi nous évitons les page builders lourds.

S’ajoute depuis peu le référentiel général d’écoconception des services numériques (RGESN), de plus en plus souvent cité dans les CCTP. Nous y répondons par des engagements mesurables sur le projet — sobriété du code, poids des pages et des médias suivis, pas de dépendance inutile — et non par une note globale promise à l’avance. Notre démarche de numérique responsable détaille ce cadre.

Le chiffrage : cohérent avec le mémoire, sur toute la durée du marché

Règle de base : on remplit la DPGF telle qu’elle est fournie. En modifier la structure, fusionner des lignes ou ajouter une prestation non prévue expose l’offre à être jugée irrégulière — perdre un marché sur un tableur mal rempli est une façon absurde de perdre.

Ensuite, on sépare clairement les postes : cadrage et conception, maquettes, développement, accessibilité et recette, reprise des contenus, formation, puis maintenance. Le critère prix porte presque toujours sur le coût global du marché, reconductions comprises : une maintenance sous-évaluée gonfle le score initial et se paie ensuite en avenants ou en qualité de service. Nous chiffrons donc la durée entière, années optionnelles incluses, et nous l’écrivons.

Le dépôt : là où l’on perd des marchés bêtement

La remise est dématérialisée, sur le profil acheteur indiqué par le règlement de la consultation. Quelques précautions qui n’ont rien d’intellectuel, mais qui sauvent des dossiers :

  • Créer le compte sur la plateforme dès le début de la consultation, pas la veille du dépôt.
  • Préparer les pièces de candidature en avance : DUME ou DC1/DC2, attestations fiscales et sociales, attestation d’assurance, RIB, références.
  • Vérifier si la signature électronique est exigée, et sur quel document exactement.
  • Déposer 24 à 48 heures avant l’échéance. L’horodatage de la plateforme fait foi : une offre arrivée après l’heure limite est écartée, quel qu’en soit le contenu et quelle qu’en soit la raison.
  • Contrôler les formats et le poids des fichiers, puis relire le dossier tel qu’il apparaît sur la plateforme — pas celui qui est resté sur le disque dur.

Après le dépôt : audition, attribution, ou refus utile

En procédure adaptée, une phase de négociation ou d’audition est fréquente. On s’y prépare comme à une soutenance : les intervenants annoncés dans le mémoire sont ceux qui viennent, et les questions portent presque toujours sur les points où nous avons posé une réserve. C’est une bonne nouvelle : elles se préparent.

En cas de rejet, l’acheteur doit notifier les motifs, et communiquer sur demande les caractéristiques et avantages de l’offre retenue ainsi que les notes obtenues. Nous le demandons systématiquement : c’est le retour d’expérience le plus précis, le plus honnête et le moins cher qui existe sur notre façon de répondre.

En cas d’attribution, le mémoire technique devient une pièce contractuelle. Tout ce qui y est écrit doit être tenu, avec les moyens annoncés et dans les délais annoncés. C’est la raison de fond pour laquelle nous n’y écrivons rien que nous ne sachions faire.

Nos trois règles

  • Ne répondre que si nous pouvons tenir — sur le délai, le périmètre et le prix.
  • N’écrire que ce qui est vérifiable — une réserve assumée pèse plus lourd qu’une promesse ronde.
  • Chiffrer la durée entière du marché, pas seulement la mise en ligne.

Une consultation en cours ?

Nous accompagnons institutions, collectivités et établissements publics de la réponse à l’appel d’offres jusqu’à la maintenance du site. Si vous préparez une candidature, notre page marchés publics résume nos livrables et nos références ; si vous êtes acheteur et que la rédaction du CCTP est encore ouverte, nous intervenons aussi en amont, en assistance à maîtrise d’ouvrage.

Dans tous les cas, transmettez-nous votre cahier des charges via notre page contact : vous aurez une réponse sous 48 heures, avec un premier avis concret sur la faisabilité — et, le cas échéant, un « non » argumenté.