« RGESN » apparaît de plus en plus souvent dans les cahiers des charges, en général sur une seule ligne : le prestataire respectera le référentiel général d’écoconception des services numériques. Personne ne l’a chiffrée. Elle redevient concrète le jour où il faut publier une déclaration, répondre à une consultation publique, ou justifier une politique RSE devant un comité.
Le référentiel n’est pourtant ni long ni obscur : 78 critères, 9 familles, un livrable public. Et une question de départ qui vaut pour n’importe quel site : est-ce qu’il a besoin de peser ce qu’il pèse ? Voici ce qu’il demande, ce qu’il ne demande pas, et la manière dont nous nous y prenons.
Le RGESN en une minute
Le Référentiel général d’écoconception de services numériques a été publié le 17 mai 2024 par l’Arcep et l’Arcom, avec l’ADEME et la DINUM (la CNIL et l’Inria ont contribué aux travaux). Il découle de l’article 25 de la loi REEN du 15 novembre 2021, qui prévoyait la création d’un référentiel de conception durable des services numériques.
Ce n’est pas un texte parti de zéro : une première version issue de la mission interministérielle Numérique écoresponsable circulait déjà, et le référentiel 2024 en est la refonte élargie. Il ne parle plus seulement de sites web, mais de services numériques au sens large : applications, API, logiciels métier, services intégrant de l’intelligence artificielle.
- Version — 2024, publiée le 17 mai 2024.
- Auteurs — l’Arcep et l’Arcom, avec l’ADEME et la DINUM.
- Base légale — article 25 de la loi REEN n° 2021-1485 du 15 novembre 2021.
- Volume — 78 critères répartis en 9 familles.
- Chaque critère porte un niveau de priorité, une difficulté de mise en œuvre, et des moyens de test : le référentiel est auditable, pas seulement déclaratif.
- Souplesse — un critère peut être déclaré non applicable, à condition de le justifier.
- Livrable attendu — une déclaration d’écoconception publique, mise à jour à chaque changement significatif du service.
L’esprit du référentiel tient dans son point de départ. La première famille, Stratégie, ne parle pas de code : elle demande si le service est utile, quelles fonctionnalités sont réellement employées, et ce qui est prévu pour sa fin de vie. L’écoconception commence par retirer, pas par optimiser.
Qui est concerné, et à quel titre
Trois situations à distinguer, parce qu’on les confond souvent.
Le secteur public
La loi REEN structure une obligation d’ensemble : depuis 2025, les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent élaborer une stratégie numérique responsable, et l’État comme ses opérateurs sont engagés dans la même trajectoire. Le RGESN est l’outil de référence pour la matérialiser côté services numériques, et la déclaration d’écoconception en est la preuve publique. En pratique, collectivités et établissements publics publient désormais ces déclarations sur leurs sites, exactement comme leur déclaration d’accessibilité RGAA.
Un point d’honnêteté. À ce jour, le RGESN n’est pas assorti d’un régime de sanctions comme peut l’être le RGAA. Personne ne viendra vous mettre une amende parce qu’un critère est non conforme. Ce qui est en jeu est différent, et souvent plus contraignant : la cohérence avec les engagements affichés, les exigences des acheteurs publics, et la crédibilité d’une politique RSE.
Les entreprises privées
Aucune obligation directe, mais deux forces convergentes : les rapports extra-financiers (CSRD et ses standards ESRS) réclament des indicateurs sur l’empreinte numérique, et les grands comptes répercutent la demande sur leurs prestataires. Un référentiel public, gratuit, auditable et reconnu est le moyen le plus simple de documenter le sujet sans inventer sa propre méthode.
Les agences et les prestataires
Le RGESN est un cahier des charges tout prêt. Une bonne moitié des critères recouvre ce qu’un projet bien mené fait déjà : ne pas charger 400 ko de JavaScript pour une page de contact, servir des images à leur dimension d’affichage, ne pas empiler des extensions qui font trois fois le même travail. Le référentiel donne à ces choix un cadre nommé et opposable.
Les 9 familles de critères, traduites en langage de projet
L’ordre des familles n’est pas décoratif : il suit le déroulé d’un projet, de la décision de faire jusqu’à la machine qui héberge.
- Stratégie — pertinence du service, référent écoconception identifié, revue des fonctionnalités, fin de vie. La famille la plus inconfortable : elle interroge le périmètre, pas la technique.
- Spécifications — ce qui est écrit avant de produire : contraintes environnementales au cahier des charges, compatibilité avec des terminaux anciens, budget de performance, exigences transmises aux prestataires.
- Architecture — nombre de domaines et de services tiers appelés, pertinence des composants, mutualisation, protocoles. Chaque brique tierce est un coût réseau et une dépendance.
- UX / UI — longueur des parcours, absence de dark patterns, respect du choix de l’utilisateur (pas de lecture automatique, pas de défilement infini), interface utilisable sans matériel récent.
- Contenus — poids et format des médias, pertinence de la vidéo, alternatives textuelles, durée de vie et archivage. Les gains les plus immédiats, et la famille la plus dépendante des équipes éditoriales.
- Frontend — volume de HTML, CSS et JavaScript réellement utilisé, taille du DOM, chargement différé, polices, cache navigateur. Le terrain de jeu habituel des outils de mesure.
- Backend — requêtes en base, cache serveur, journaux, traitements planifiés, données conservées sans usage. Un site lent côté serveur consomme deux fois : sur la machine, et dans l’attente de l’utilisateur.
- Hébergement — localisation, efficacité énergétique du centre de données, taux d’utilisation des ressources, engagements de l’hébergeur, durée de vie du matériel. Souvent hors de portée directe d’une agence : d’où l’importance de savoir quoi demander.
- Algorithmie — complexité des traitements, sobriété des modèles, entraînement et inférence. La famille qui a le plus de raisons de grossir dans les prochaines versions.
La déclaration d’écoconception, seul livrable qui engage
C’est le point que la plupart des projets découvrent en dernier, alors que c’est lui qui compte.
Se prévaloir du RGESN suppose de publier une déclaration d’écoconception : un document public qui atteste que le service a fait l’objet d’une évaluation, et qui en expose les résultats. Le référentiel demande aussi une auto-évaluation régulière, mise à jour au moins à chaque changement significatif du service. Un score d’avancement peut être calculé, mais il n’a de valeur qu’accompagné d’une déclaration détaillée : un pourcentage seul ne dit rien.
Concrètement, une déclaration exploitable contient :
- le nom du service et son périmètre exact : quels sites, quels sous-domaines, quelles applications ;
- la version du référentiel utilisée et la date de l’évaluation ;
- le résultat critère par critère — conforme, non conforme, non applicable — avec la justification des non-applicables ;
- les indicateurs mesurés et la méthode employée ;
- le plan d’amélioration, daté ;
- un contact pour signaler un manquement.
C’est exactement la logique de la déclaration d’accessibilité RGAA, et c’est une bonne nouvelle : les organisations qui ont déjà fait cet exercice savent à quoi s’attendre.
Un point de vigilance : une déclaration est un document public. Elle sera lue, y compris par des gens qui vérifient. Mieux vaut annoncer 34 critères conformes et un plan crédible que 70 critères conformes indéfendables.
Ce que le RGESN n’est pas
- Ce n’est pas un label. Aucune certification, aucun organisme qui tamponne. On s’auto-évalue et on publie.
- Ce n’est pas un score. L’EcoIndex donne une note de A à G, le RGESN non. Les deux outils sont complémentaires : l’un mesure une page, l’autre évalue une démarche.
- Ce n’est pas le RGAA. Les deux référentiels se croisent beaucoup — structure du HTML, sobriété des interfaces, contenus alternatifs — mais l’accessibilité a ses obligations et son régime propres.
- Ce n’est pas un argument marketing. Le référentiel est public et testable. Une conformité annoncée sans déclaration ni mesure se démonte en dix minutes avec un navigateur.
Comment nous intervenons
Notre approche est la même que sur l’accessibilité : nous ne vendons pas une conformité, nous installons une méthode. Voici comment se déroule un accompagnement.
1. Cadrage : regarder le périmètre avant le code
Un atelier avec les personnes qui décident et celles qui alimentent le site. On y traite les critères de la famille Stratégie, les moins techniques et les plus structurants :
- quelle est l’unité fonctionnelle du service — ce qu’il sert vraiment à faire ;
- quelles fonctionnalités sont utilisées, et lesquelles ne le sont plus (les statistiques d’usage tranchent mieux que les opinions) ;
- qui est le référent écoconception côté client, parce qu’un référentiel sans porteur interne meurt à la livraison ;
- ce qui est prévu pour les contenus obsolètes et pour la fin de vie du service.
C’est la séance où l’on décide de supprimer des pages, pas d’en optimiser.
2. Auto-évaluation des 78 critères
Nous passons le référentiel intégralement : l’extension NumEcoDiag de l’ADEME pour les critères automatisables, une revue manuelle pour le reste — l’outil ne juge ni la stratégie, ni les contenus, ni l’hébergement. Le livrable est une grille par critère : statut, priorité, difficulté, action proposée, responsable. Les non-applicables sont justifiés dès cette étape, pas au moment de rédiger la déclaration.
3. Mesure de l’état initial
Avant de toucher à quoi que ce soit, on fixe un point de départ mesurable : EcoIndex sur un échantillon représentatif de pages (accueil, page de contenu, formulaire, résultats de recherche), poids et nombre de requêtes, taille du DOM, Core Web Vitals sur données réelles. Sans cette photo, aucune amélioration n’est démontrable — et une déclaration sans chiffres avant/après ne vaut pas grand-chose.
4. Chantiers techniques
Le gros du travail, priorisé par le rapport gain/effort issu de l’étape 2. Sur un site WordPress, cela tourne presque toujours autour de :
- les médias — conversion en WebP ou AVIF, dimensions réelles d’affichage, attributs de largeur et de hauteur posés, chargement différé maîtrisé, vidéos jamais en lecture automatique ;
- le thème — un thème sur mesure plutôt qu’un empilement de page builder : nous livrons du HTML que nous maîtrisons, sans les kilo-octets de CSS et de JavaScript qu’un constructeur visuel embarque pour des blocs que le site n’utilise pas ;
- les scripts tiers — inventaire des domaines appelés, suppression des traceurs redondants, polices auto-hébergées ;
- le cache et la diffusion — cache de pages, cache navigateur cohérent, minification, compression ;
- le backend — extensions désinstallées dont les tables et les tâches planifiées traînent encore, révisions et journaux qui gonflent la base, requêtes lentes ;
- l’hébergement — ce qu’on peut demander à l’hébergeur : localisation, engagements énergétiques, versions de PHP à jour, ressources correctement dimensionnées.
Nous intervenons aussi bien sur un site existant que dans le cadre d’une refonte. Sur l’existant, la première passe consiste souvent à retirer des choses installées par d’autres.
5. Design, contenus et accessibilité
Les critères UX/UI et Contenus ne se règlent pas en production : ils se règlent en maquette et dans la ligne éditoriale. Parcours raccourcis, pas de carrousel décoratif, interfaces qui restent utilisables sur un terminal de cinq ans, contrastes et navigation clavier traités en même temps que la sobriété. Les critères RGESN et RGAA se renforcent ici plutôt qu’ils ne s’opposent : voir notre article RGAA : par où commencer pour un site conforme.
Et parce que le poids d’un site dépend surtout de ce qu’on y publie ensuite, nous formons l’équipe éditoriale, avec des règles simples et vérifiables : poids maximum d’une image, quand une vidéo se justifie, quand une page doit être archivée.
6. Déclaration d’écoconception et gouvernance
Nous rédigeons la déclaration, nous la publions, nous la datons. Puis nous installons ce qui la maintient vivante : un budget de performance à ne pas dépasser, les indicateurs à surveiller, une revue à chaque évolution significative, une révision annuelle. Le référentiel demande une démarche continue, pas un audit ponctuel — c’est tout le sens de notre accompagnement dans la durée.
Ce que nous ne promettons pas
Nous ne promettons pas un score EcoIndex A sur toutes les pages : un site avec une cartographie interactive ou un catalogue en images ne l’atteindra pas, et prétendre le contraire nous ferait mentir. Nous ne promettons pas non plus « 78 critères conformes » : plusieurs dépendent de l’hébergeur et de choix internes au client. Ce que nous garantissons, c’est une évaluation honnête, une trajectoire chiffrée, et une déclaration qui tient debout si quelqu’un la vérifie. C’est la même exigence que celle décrite sur notre page RSE et numérique responsable.
Les chantiers qui paient le plus vite sur un site WordPress
Si vous voulez avancer avant même de lancer une démarche complète, voici l’ordre de rentabilité que nous constatons projet après projet.
- Les images. C’est presque toujours le premier poste de poids. Une seule image non redimensionnée peut peser plus lourd que tout le reste de la page.
- Les extensions fantômes. Désactivées ou supprimées, elles laissent des tables, des tâches planifiées et parfois des règles de réécriture actives. Le nettoyage est invisible pour le visiteur, très net côté serveur.
- Les scripts tiers. Chaque outil de mesure, chat, widget social ou pixel publicitaire ajoute des connexions et du JavaScript. La question n’est pas technique, elle est politique : qui a besoin de cette donnée ?
- Le cache. Un cache de pages mal configuré — ou neutralisé par un reliquat de configuration — fait travailler PHP et la base à chaque visite pour rien.
- Les contenus morts. Des centaines d’URL indexées qui ne servent plus, c’est du crawl, du stockage et de la dette. Les archiver est un geste d’écoconception autant que de référencement.
Aucun de ces cinq chantiers ne demande une refonte. Tous sont vérifiables avant/après.
RGESN et marchés publics
Nous répondons régulièrement à des consultations publiques, et la tendance est nette : l’écoconception passe du vœu pieux au critère noté. On voit apparaître, dans les CCTP et les règlements de consultation, des exigences de conformité RGESN, des demandes de déclaration d’écoconception, des scores EcoIndex plafonds, des budgets de performance contractuels.
Deux conséquences pratiques. Pour un acheteur : formuler l’exigence en s’appuyant sur les critères du référentiel et sur des indicateurs mesurables, plutôt que sur une clause générale d’« engagement environnemental » que tout le monde peut cocher. Pour un candidat : pouvoir présenter une méthode, des outils et des déclarations existantes, parce qu’une promesse d’écoconception sans livrable ne rapporte pas de points.
Par où commencer, concrètement
Trois gestes, faisables cette semaine. Ouvrez votre page d’accueil et regardez son poids et son nombre de requêtes dans les outils de développement de votre navigateur. Listez les extensions actives et demandez-vous, pour chacune, qui s’en sert. Cherchez si une déclaration d’écoconception existe quelque part sur votre site. Ces trois réponses vous diront à peu près où vous en êtes.
Pour la suite — l’auto-évaluation des 78 critères, la mesure d’impact, le plan de correction priorisé et la déclaration publique —, c’est notre métier : écrivez-nous pour en parler. On répond sous 48 h, sans jargon, avec un premier regard concret sur votre site.